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La Gazette du Cinéma

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BIOGRAPHIE : FAY WRAY

 

BIOGRAPHIE :

FAY WRAY

28 SEPTEMBRE 2022

Qui était l’actrice qui a marqué le Cinéma en étant la première partenaire d’un gorille géant ?

Vina Fay Wray naît en 1907 au Canada mais grandit à Los Angeles où ses parents se sont installés. Très tôt, elle profite des vacances scolaires pour faire de la radio et de la figuration dans des films muets, notamment avec le célèbre duo Laurel et Hardy. A la fin des années 20, elle décroche ses premiers rôles importants grâce au réalisateur Erich von Stroheim que les Français connaissent mieux en tant qu’acteur dans « La Grande Illusion » de Jean Renoir.

 Sa rencontre avec le duo de metteurs en scène Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper lui ouvre les portes du Fantastique et, en 1933, elle rentre dans l’Histoire du 7ème art en étant le premier rôle féminin du mythique « King Kong ». Cette année-là, elle tourne jusqu’à 11 films mais, victime de stéréotypes, elle ne peut donner la pleine mesure de son talent. Après une décennie éprouvante, elle se retire du petit monde hollywoodien pour se consacrer à sa vie de famille.

Mais sa carrière n’est pas finie et elle fait son retour sur les écrans dans les années 1950 en côtoyant une nouvelle génération de partenaires comme Lauren Bacall ou Leslie Nielsen. Elle s’essaie aussi à la télévision dans les premières séries notamment celle d’Alfred Hitchcock. Elle prendra sa retraite en 1958 avant de publier ses Mémoires 30 ans plus tard.

En 2004, Peter Jackson lui propose d’apparaître dans son remake de « King Kong » et la vieille dame de 96 ans accepte avec plaisir. Malheureusement, le destin la privera de cet ultime rôle car elle décède 1 mois avant le début du tournage.


Simon Chevalier

ENTRETIEN AVEC : SAEED ROUSTAEE

 

ENTRETIEN AVEC SAEED ROUSTAEE

13 SEPTEMBRE 2022

Avant la sortie de son chef-d’œuvre Leila et ses frères, nous avons eu l’honneur d’interviewer le réalisateur iranien Saeed Roustaee, qui commence à bénéficier d’une belle reconnaissance dans le monde occidental. Après la claque La loi de Téhéran, thriller implacable sur le monde de la drogue et des violences policières, Leila et ses frères dépeint les déboires économiques d’une famille sans le sou et étouffée par les sanctions internationales, à l’image de son pays. Vrai grand film, comme le dit notre critique, l’œuvre de Saeed Roustaee fait évidemment naître plusieurs questions, que nous avons posées à Saeed Roustaee (interview réalisée avec les médias La revue Tsounami et Double-Croche).

Avec Leila et ses frères, vous vous essayez au genre très difficile de la fresque familiale. Quelles ont été vos inspirations pour le scénario ? En voyant le film, on pense à Rocco et ses frères, au Parrain 2 de Coppola et même à Asghar Farhadi avec des films comme Le client ou Une séparation.

SAEED ROUSTAEE : J’adore Rocco et ses frères. On peut évidemment faire un rapprochement avec Le Parrain à travers l’histoire des parrains dans mon film. Après, pour ce qu’il s’agit de films comme Le client, la filiation est moins évidente car j’ai écrit mon scénario avant sa sortie. En réalité, le cinéma iranien est un continuum. Nous avons une histoire très importante, ce qui n’est pas le cas dans tout le Moyen-Orient. La culture que nous avons, à travers des cinéastes extrêmement connus, des films qui se font remarquer tous les ans… tout cela forme un continuum dont je suis ni le début, ni la fin.

Vous avez réalisé deux films avant celui-ci, Life and a day (2016) et La loi de Téhéran (2019). Leila et ses frères commence par une scène de grande ampleur qui peut faire penser à La loi de Téhéran, avant de se recentrer sur le drame familial des Jourablou, qui se rapproche plus de Life and a day. Comment situez-vous Leila et ses frères dans votre filmographie ? Y a-t-il des liens, ou vos films sont-ils tous différents ?

SR : En Iran, on découvre tous les grands films sur internet (rires). Mon genre de cinéma préféré se rapproche plus de mon premier film et de celui-ci que de La loi de Téhéran. Mais même ce dernier est un film familial, je ne suis pas tout à fait d’accord avec les qualificatifs qu’on lui a apposé. Personnellement, je n’ai pas réfléchi mes films comme une suite logique. Mais malgré tout, avant même mon premier film, je savais que mes 3 premiers films allaient être ceux qui sont sortis. Après, si on veut vraiment parler de label, je ne me sens pas concerné. J’écris surtout des histoires qui me parlent, et c’est ce qui me guide. Pendant le tournage de Leila et ses frères, je demandais à mes acteurs de ne pas penser à Life and a day, pas dans le sens où les références en étaient interdites, mais pour éviter qu’ils ne le voient trop comme une source d’inspiration obligatoire.

Nous avons notamment apprécié deux scènes : celle du mariage où certains frères dansent pendant que l’un d’eux prend connaissance d’une information cruciale, que nous mettons en comparaison avec la scène finale, dans laquelle le processus, entre danse et prise d’information, se répète. Comment avez-vous travaillé ces deux scènes-ci ? De même, comment avez-vous travaillé votre film sur la durée (2h45), avec des scènes qui s’étirent sans ennuyer ?

SR : J’aime cette question (rires). Il est vrai que les deux séquences se répondent. Dans la scène du mariage, tout le monde danse avec le père sauf Alireza (le personnage qui prend connaissance de l’information qui change le cours du film, ndlr), qui finit tout de même par danser pour lui dans la dernière scène. C’est comme ça que ces scènes ont été construites, en miroir. En ce qui concerne la durée, je ne veux pas que l’on me dicte combien de temps doit durer mon film. Au cinéma, soit on est sérieux, soit on veut se divertir. La longueur peut être un prix à payer. Leila et ses frères n’est pas long pour être long, c’est plutôt le temps dont j’avais besoin pour transmettre l’essence de mon histoire.

Vous allez peut-être encore refuser la filiation, mais on a senti du Delon et du Pacino dans la manière dont Taraneh Alidoosti interprète Leila, en étant tour à tour émouvante, forte et désarmante. C’est même la seule qui se permet aussi de vrais moments d’émotion, d’espoir. C’est quasiment le seul personnage qui passe par toutes les émotions, alors que les autres acteurs sont plus monolithiques, incarnant avant tout une émotion unique plutôt qu’un éventail de sentiments. Comment l’avez-vous dirigée pour obtenir cet équilibre ?

SR : On ne peut pas vraiment dire que les autres personnages soient unidimensionnels. On montre évidemment plus Leila dans le film, mais les autres ne peuvent pas être monolithiques, et eux aussi passent par toutes les émotions. L’individu est la somme de toutes ses contradictions. Concernant Taraneh, on s’est rencontrés il y a longtemps, quand j’étais encore à l’université et qu’elle était déjà une star. Je lui ai envoyé un scénario qu’elle a apprécié, et on se connaît depuis. Je lui ai reparlé pour Leila et ses frères et elle s’est montrée directement enthousiaste, d’autant plus que j’ai écrit le rôle pour elle. C’est une actrice intelligente, avec une belle force de caractère. On discute beaucoup, elle s’implique énormément dans son travail, et plusieurs de ses idées ont été incorporées dans le film. Par exemple, la scène où Leila dit leurs quatre vérités à ses frères, Taraneh s’est mise à pleurer alors que ce n’était pas dans le scénario, et ça s’est intégré naturellement.

Le personnage de Leila tient d’ailleurs un discours plutôt radical, allant jusqu’à remettre en cause l’éducation de ses parents. On peut même y voir un propos féministe et politique. Cela a-t-il constitué une part importante dans votre travail de création du personnage ?

SR : On ne peut pas séparer société et politique. Quand on fait un film social, on fait un film politique. C’est cela d’ailleurs qui me pose problème en Iran, mon film y étant interdit de projection. Je ne préfère pas rentrer dans ce genre d’analyses. Ce que je peux dire sur Leila, c’est qu’elle prend du recul, de la distance. Les gens qui en prennent réfléchissent mieux et prennent les meilleures décisions.

Dans le film, la famille se réunit autour de matchs de catch, et les frères portent des t-shirts Nike contrefaits. À d’autres moments, on peut voir des t-shirts de Rocky et Superman. De l’autre côté, le film repose beaucoup sur les sanctions économiques américaines. Était-ce volontaire de montrer cette incompréhension entre un Iran fasciné par la culture américaine, et des États-Unis qui ne font que le sanctionner ?

SR : Je ne le vois pas trop comme cela. Ce n’est une question d’affection ou de mépris. L’histoire du catch parle du faux et du vrai. Tout est question de la mise en scène et de la réalité, des scènes du catch à celle du mariage. Le sujet des sanctions américaines apparaît dans le film car c’est le quotidien des iraniens, dont la situation évolue de jour en jour, heure par heure, comme le montre la variation du niveau des prix. On ne peut pas s’en défaire. Leila et ses frères cherche à faire la radiographie de la société iranienne plus que parler vraiment des États-Unis.

Entretien réalisé par Yacine Ouali de Cineverse.fr

CRITIQUE : TOUT LE MONDE AIME JEANNE

 

CRITIQUE : TOUT LE MONDE AIME JEANNE

13 SEPTEMBRE 2022

« C’est déjà fini ?! » Rares sont les films qui nous attendrissent au point de ne plus vouloir sortir de la salle. Avec son premier long métrage, Tout le monde aime Jeanne, Céline Devaux nous rappelle que nous ne sommes pas seuls et que les petites voix dans nos têtes seront toujours à nos côtés. Mêlant ses talents d’illustratrice et de dialoguiste, la réalisatrice nous offre une comédie moderne et pétillante.

Sous un faux air de femme à succès, Jeanne est en chute libre depuis l’échec de son projet professionnel. Dans sa descente aux enfers, elle rencontre par hasard un homme au prénom assez similaire, Jean, semblant tout droit sortie d’un livre de fantasy.

Les salles de cinéma se font un rafraîchissement pour la rentrée avec l’aide de jeunes réalisatrices françaises. Alice Winocour avec Revoir Paris, Léa Mysius avec Les Cinq Diables et donc Céline Devaux. Trois metteuses en scènes déjà présentes sur la Croisette en mai dernier. Trois films, aux trois rôles principaux offerts à des actrices en plein essor avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos et Blanche Gardin en tête d’affiche. Le défi n’étant pas de chercher une vedette mais de sortir ces grands noms de leur zone de confort.

Son parcours est déjà flamboyant. Avec trois courts métrages et un long métrage, Céline Devaux a déjà foulé les tapis d’Angers, de Cannes, des Césars mais aussi de Venise, ne repartant jamais les mains vides. Avec sa comédie moderne, Devaux révèle une Blanche Gardin sous un nouveau jour et lui offre une tournure tragico-comique. Une façon de replacer l’humour au cœur de la femme tout en sortant l’homme de ses codes de virilité. La réalisatrice réussit, avec une grande tendresse, à partager un point de vue moderne sur les angoisses du quotidien. En cela, elle s’inspire d’un des plus illustres réalisateurs français, confie-t-elle :

« Dans « On connaît la chanson », Alain Resnais avait une générosité de mise en scène qui transmettait autant la joie que la perte de la joie. A la fin, on est en empathie avec des gens qui vont très mal mais sans même s’en rendre compte – Céline Devaux »

Cette insouciance des personnages autant féminins que masculins, nous fait tomber sous leur charme. Le film se rattache à une part d’enfance ancrée en nous, qui fait face au monde d’adulte rempli d’angoisses.

« Elle sait exprimer des choses avec un changement de regard très subtil. Elle a offert une sobriété de jeu inouïe pour ce personnage […] Il fallait réussir à mettre en place de l’humour pour servir une histoire grave avec des personnages tendres. La méchanceté ne devait pas être le moteur de l’humour. »

L’autre personnage principal, celui de Laurent Lafitte, sert autant au spectateur qu’à la protagoniste en venant éveiller la part de folie éteinte en nous. Le duo GardinLafitte (dys)fonctionne ainsi, grâce à leur maladresse, qui crée un déséquilibre bancal et comique. La réalisatrice prend le parti de ne pas trop en dévoiler sur ce personnage masculin, laissant alors plus de place à l’imagination et l’identification du public. Jeanne sort de son pays, de son quotidien autant que le spectateur lui-même. Avec prudence, nous l’accompagnons alors dans sa dépression et sa découverte de Lisbonne.

« Ce qui m’intéressait le plus, c’était de raconter la honte. Comment on fait pour continuer à vivre, à communiquer… en faisant avec les voix dans nos têtes qui sont assez inarrêtables pour certains d’entre nous. […] Je voulais rétablir cette expérience de « je suis en train de te parler, je me demande si j’ai un truc entre les dents, en même temps je pense à ma maman que j’ai oublié de rappeler… » Cette multiplicité de l’expérience qu’on ne peut pas vraiment montrer au cinéma. »

La modernité du film ne s’arrête pas à des personnages et dialogues bien écrits. Là où de nombreux films viendront briser le quatrième mur avec une voix-off ou un coup de regard, Céline Devaux vient piquer nos émotions en nous plongeant dans la tête de Jeanne à l’aide d’animations. Les milliers de voix intérieures de Jeanne prendront alors la forme d’un fantôme insupportable.

Alors oui, Tout le monde aime Jeanne au final. Pour sa maladresse, pour ses idées noires, pour son indépendance, pour sa fragilité… Le film redonne sa juste valeur à l’humour de la femme, à l’animation, à la tendresse de l’homme. Il est temps de laisser place aux jeunes réalisatrices, engagées et brillantes. Une fois encore, le cinéma français n’est pas mort, Céline Devaux vient en éveiller toute la joie, la vie.

Critique rédigée par Margo Costa de Cineverse.fr

CRITIQUE : LA VÉRITÉ

 

CRITIQUE : LA VÉRITÉ

14 JUIN 2022

S’il est un film de Brigitte Bardot à retenir de sa carrière de 47 œuvres, c’est bien « La Vérité ». Mais que de souffrances dut-elle endurer pour aboutir à ce chef d’œuvre !

En 1960, le sex-symbol Brigitte Bardot vit une période difficile dans sa vie privée. Mariée depuis un an avec Jacques Charrier, elle vient d’accoucher de leur fils. En proie au Baby-Blues, elle accepte quand même de tourner avec Henri-Georges Clouzot, un grand cinéaste mais connu comme étant très dur envers ses actrices. Celui-ci lui propose le rôle d’une jeune femme accusée du meurtre de son ancien amant dans « La Vérité ».

Si l’actrice trouve du réconfort auprès de son partenaire Sami Frey pour qui elle quittera son mari, elle vit un véritable enfer avec son metteur en scène. En effet, pour la mettre en conditions et obtenir ce qu’il veut, c’est à dire une femme à bout de nerfs, il n’hésite pas à la maltraiter physiquement et à la torturer psychologiquement en se servant de la grande fragilité de la star. Le pire est atteint quand il la met en danger en lui faisant « réellement » jouer une scène de suicide. Pour cela, il lui propose un verre d’eau et une aspirine mais lui donne en réalité de l’alcool et des barbituriques. L’effet recherché est obtenu : comme son personnage, Brigitte Bardot sombre dans le coma pendant 72 heures.

A sa sortie, le film est un succès considérable : il est vu par près de 6 Millions de spectateurs et représente la France aux Oscars. 29 ans après et alors que sa carrière d’actrice est loin derrière elle, Brigitte Bardot dira : « Je me moque de ma carrière, sauf « La Vérité ». S’il doit rester une seule trace de mon passage sur les écrans, je souhaite que ce soit dans ce film où, pendant et après, j’ai conscience d’avoir été une vraie comédienne ».


Simon Chevalier

CRITIQUE : LA RUCHE

 

CRITIQUE : LA RUCHE

14 JUIN 2022

Coup de tonnerre au Sundance Festival pour son édition 2021 ! Pour la première fois, un film remporte seul les trois prix de la catégorie internationale : meilleur film, prix de la mise en scène et prix du public. Le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, la réalisatrice kosovare Blerta Basholli apprend que son premier film La Ruche a largement séduit le jury comme le public. Largement inspiré d’une histoire vraie, la cinéaste prouve d’emblée au monde la justesse de son cinéma et la rigueur d’écriture dont elle a su s’emparer pour restituer le récit d’une région oubliée.
Depuis la guerre du Kosovo, le mari de Fahrije a disparu. Pour garder la tête hors de l’eau et pallier les problèmes financiers de sa famille, elle fonde une petite entreprise agricole. Mais dans ce petit village traditionnel, les ambitions de la mère de famille et des autres femmes sont plutôt mal perçues. Fahrije s’engage dans une lutte pour faire vivre sa famille et réussir à s’émanciper des mœurs patriarcales des hommes du village.

La mélancolie de l’image
Premier film et premier tableau accompli pour la réalisatrice Blerta Basholli et son directeur photo Alex Bloom. Le récit pose ses valises dans le Kosovo du début du siècle, dans une ambiance calme et austère. On plonge le spectateur dans le silence du quotidien d’une famille en pleine campagne kosovare. La force de cette ouverture, pourtant si calme, réside dans le rythme que la cinéaste va imposer. Si la première scène – où Fahrije recherche son mari – peut laisser croire que le récit commence, la dynamique se brise quand elle est de retour chez elle. Au travail de la maison, comme à la douche de son beau-père, tout se fait dans un silence glacial ou par de courtes phrases banales. En moins de cinq minutes, la réalisatrice pose le cadre. Nous sommes dans une famille déchirée, accablée par des problèmes au quotidien.

Quand on transmet un sentiment par l’image, on peut s’y prendre de plusieurs manières. Le rythme, le cadre, la mise en scène ou la photographie ne sont que des exemples. Sur ce dernier point, La Ruche adopte un style bien particulier. Les couleurs froides sont choisies pour ancrer le récit dans un ton dur et réaliste. Toute vie devient trop âpre pour être fantasmée, trop froide pour être rêvée. Le spectateur est, malgré lui, traîné de force dans les difficultés que rencontre cette famille. La caméra épaule va, tout le récit, appuyer ce sentiment de compassion à l’égard de notre protagoniste et de sa famille. Et l’audience se plonger dans cet univers, aux couleurs de la mélancolie d’une vie que nous n’avons pas vécue… 
 
Un combat éternel
La vivacité des sentiments envers notre protagoniste se crée d’une manière relativement classique : elle est seule contre tous. Blerta Basholli fait du sujet de son film un outil de représentation universelle. Elle illustre sans artifice ce que le patriarcat produit de plus courant et de plus banalisé. On nous présente le regard masculin comme un frein aux ambitions et aux projets nécessaires à la simple survie d’une famille. Magnifiquement interprété par Yllka Gashi, le personnage de Fahrije lutte pour monter sa petite affaire artisanale et pour obtenir son permis de conduire. Les nombreux gros plans pris de trois-quarts insistent et mettent en lumière des jeux de regards d’une grande intensité. Déterminée, Fahrije ne se laisse jamais abattre. S’il est difficile d’imaginer les pensées qui vagabondent dans son esprit tout au long du film, on ressent un amour total de la cinéaste pour son personnage.

L’une des forces de La Ruche réside également dans le poids de l’ombre du mari disparu, qui hante la famille. Fahrije, bien que profondément marquée par cette disparition, est la première à tenter de s’en affranchir. La justesse du propos couplée aux interactions entre les personnages crée un déchirement émotionnel palpable, qui nous accompagne tout au long du film. Une réflexion sur le deuil et le pragmatisme qui reflète avec assez de poigne et d’honnêteté le cinéma que sa réalisatrice souhaite proposer – un aspect intéressant qu’il sera bon d’observer dans la suite de sa carrière.

La Ruche, dans sa démarche quasi journalistique, s’impose comme un premier film d’une belle technique. Elle met en lumière les dérives et les questionnements d’une société meurtrie par la guerre et ses conséquences. Non sans subtilité, c’est un sous-texte plus moderne qui se glisse dans le récit, et révèle des comportements et des mentalités qui ne devraient pas avoir lieu d’être, mais qui n’auront de cesse de détruire des avenirs et des vies.

Josselin Colnot de cineverse.fr

CRITIQUE : CŒURS VAILLANTS

 

CRITIQUE : CŒURS VAILLANTS

24 MAI 2022

Notre coup de cœur de la dernière semaine de mai est attribué à Coeurs Vaillants de Mona Achache. C’est une réalisatrice que vous avez pu découvrir à travers Le Hérisson en 2009, et Les Gazelles en 2014 et dans lequel on pouvait trouver un casting flamboyant (Audrey Fleurot, Camille Chamoux, Franck Gastambide, Samuel Benchetrit, Josiane Balasko, Camille Cottin, et David Marsais et Grégoire Ludig du Palmashow). Mais vous la connaissez sûrement mieux pour ces contributions à la télévision en étant la réalisatrice de Accusé qui a été diffusé sur France 2, ou encore HPI (haut potentiel intellectuel) avec Audrey Fleurot et diffusé sur TF1.

Cœurs Vaillants, c’est l’histoire de 6 enfants juifs qui ont été cachés pendant la guerre dans le château et le parc du domaine de Chambord, dans la région Centre-Val de Loire. Dit comme ça, on pourrait croire qu’il va s’agir d’un film qui se déroule presque en huis clos dans ce château, avec des moments d’angoisse avec la venue de soldats allemands tentant de les débusquer. Mais, la surprise du film vient du fait que Mona Achache nous emmène plutôt du côté de cette forêt où ses enfants sont forcés de fuir, se cacher et de construire une vie, seuls. On a parfois l’impression qu’il s’agit d’une adaptation de Peter Pan délocalisée dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale tant on a l’impression qu’ils sont libres, et jeunes pour toujours. 

Pravine Barady

BIOGRAPHIE : FRANÇOIS TRUFFAUT

 

BIOGRAPHIE : FRANÇOIS TRUFFAUT

24 MAI 2022

Figure majeure de la Nouvelle Vague et du cinéma français, François Truffaut a marqué l’histoire avec des films inventifs et novateurs, devenus aujourd’hui cultes. À l’occasion du 35ème anniversaire de notre Cinéma, nous organisons un cycle pour voir ou revoir les grands classiques du cinéaste.

François Truffaut est né en 1932 à Paris. Il a vécu une enfance perturbée par l’absence de ses parents. Rapidement, il se désintéresse des enseignements scolaires et fait l’école buissonnière. Au lieu de suivre ses cours, il passe la plupart de ses journées à lire ou à aller voir des films dans les salles obscures. On raconte qu’il collectionnait des coupures de presse sur ses réalisateurs favoris, volées dans les cinémas. À la fin de l’adolescence, il enchaîne plusieurs travaux mais sombre dans la petite délinquance. Il est ensuite arrêté puis interné plusieurs fois pour souffrances psychiques. Désormais adulte, il s’engage dans l’armée pour combattre en Indochine mais regrette son choix et déserte.

André Bazin, qu’il rencontre dans un ciné-club auquel il participait, décide de le prendre sous son aile. À 21 ans, il intègre la rédaction des Cahiers du Cinéma. Il obtient rapidement une notoriété, considéré comme un jeune rebel aux idées novatrices. En 1954, son article “Une certaine tendance du cinéma français” devient l’un des manifestes de la Nouvelle Vague.

Après deux courts métrages, il réalise à 27 ans son premier film Les 400 coups (1959). Il s’inspire de sa propre enfance et crée le personnage autobiographique Antoine Doinel qui fait découvrir l’acteur Jean-Pierre Léaud. Pendant 20 ans, François Truffaut poursuivra le portrait de cet éternel adolescent, avec Antoine et Colette (1961), Baisers volés (1968), Domicile conjugal (1970) et L’Amour en fuite (1978). Salué par la critique et récompensé à Cannes par le prix de la mise en Scène, Les 400 coups est un véritable succès, autant dans le milieu du cinéma que pour le grand public. Il enregistre trois millions six cent mille entrées. Le film participe à l’émergence de la Nouvelle Vague, mouvement qui bouleverse les codes du cinéma français, dont François Truffaut est considéré comme un des maîtres, aux côtés de grands noms comme Jean-Luc Godard et Claude Chabrol.

 

Fort de son succès, François Truffaut signe dès l’année suivante son deuxième long-métrage, Tirez sur le pianiste (1960). C’est avec ce film que le cinéaste commence son exploration des genres. Il propose de la science-fiction avec Fahrenheit 451 (1966), du fantastique avec La Chambre verte (1978) ou encore un film historique avec L’Histoire d’Adèle H. (1975) C’est aussi avec ce film qu’il signe sa première adaptation littéraire. Il tourne ensuite l’incontournable Jules et Jim avec Jeanne Moreau en 1962.

 

Cinq ans après, il réalise La Mariée était en noir (1967) et La Sirène du Mississipi (1968), d’après les œuvres de l’écrivain William Irish. Deux histoires d’amour et de folie réalisées sous le prisme du genre policier. Les années 70 marquent l’avènement des films de la Nouvelle Vague. Les long-métrages de François Truffaut trouvent un écho populaire. Il multiplie les projets et il passe même devant la caméra dans Rencontre du troisième type de Steven Spielberg en 1978. Il réalise son dernier film Vivement dimanche ! en 1982 avant de mourir prématurément en 1984 à l’âge de 52 ans.

Leslie Fernandez

CRITIQUE : LA BALLADE DE NARAYAMA

 

CRITIQUE : LA BALLADE DE NARAYAMA

19 avril 2022

L’INVITÉ DE LA GAZETTE, EN PARTENARIAT AVEC CINEVERSE

La Ballade de Narayama (Palme d’or 1983), réalisée par Shôhei Imamura, ici dans sa version restaurée, raconte l’histoire d’un village de montagne reculé où la rareté de la nourriture conduit la petite population s’agrandissant à une politique acceptée de tous dans laquelle les parents portent des membres de la famille de 70 ans à mourir dans la montagne de Narayama.

Le film se construit autour de cette « tradition » qui peut sembler radicale, voire abusive mais qui, dans ce village où la famine règne, semble normale pour ses habitants, un village où les mort-nés pourrissent dans les champs pour faire l’engrais. Il n’y a pas que la famine mais aussi la violence sexuelle et la saleté qui viennent ajouter à ce tableau réaliste d’Imamura une grande puissance naturaliste.

Le réalisateur vient ici fouiller et disséquer ses personnages pour montrer toute leur animalité découlant de la pression sociale, à l’image de la famille de voleurs qui va être sujet au jugement du village et être ensuite éliminée, tuée et enterrée vivante dans la froideur la plus totale. Scène aux consonances horrifiques dont la puissance est décuplée par le fait qu’Imamura dépeint durant tout le film le quotidien des villageois de façon anthropologique voire ethnographique, la caméra se plaçant dans un point de vue où nous sommes témoins des pratiques du village et le contraste entre la vie tranquille, quotidienne et ce genre d’actes qui en décuple donc la puissance de ces derniers.

Les amants s’entrelacent dans les feuilles, à même la terre comme deux serpents s’enroulant l’un autour de l’autre. Imamura refait sortir cette animalité aussi par le montage intégrant des plans d’animaux en pleine action imités symboliquement par les personnages. Tantôt l’accouplement donc, tantôt le serpent mangeant la souris, représentant le plus fort ne laissant aucune chance au plus faible.

Ici l’humain n’est pas malin, il est borné, bourru, sadique et soumis à ses pulsions autant sexuelles à l’image du « puant » en constante recherche de rapports sexuels. Chaque personnage suit une quête qui lui est propre. La grand-mère Orin veut monter en haut de la montagne pour accomplir cette tradition de survie et pour cela elle va jusqu’à se briser les dents elle-même sur le rebords d’un puits. Mais avant cela, elle veut trouver une femme pour son fils Tatsuhei, qui, quant à lui, veut à tout prix éviter de ressembler à son père.

Dans une séquence finale dans laquelle ce dernier emmène sa mère Orin au mont Narayama dans une totale absence de dialogues, on ressent tout le poids du monde qui entoure les personnages, tant par le village, que par les responsabilités et par la nature. Toute l’ascension se pose ici comme une catharsis silencieuse mettant à nu le fils et sa mère.

Imamura nous propose un tableau de l’humain dans sa nature brute. Il est un animal cruel qui chasse pour sa survie et son propre plaisir sadique. Il tend à se reproduire et à éliminer les menaces qui pèsent sur « sa meute ». Mais il est surtout naïf par ses croyances, fasciné par un flocon de neige signe de la pureté qui lui semble inatteignable.

Raphaël Eyssautier

BIOGRAPHIE : CHRISTIAN CLAVIER

 

BIOGRAPHIE : CHRISTIAN CLAVIER

26 avril 2022

Retour sur la carrière exceptionnelle du maître de la comédie française au cinéma alors qu’il s’apprête à souffler ses 70 bougies.

Si le jeune Christian a un lien avec le cinéma grâce à son oncle maternel Yves Rousset-Rouard qui est le producteur du sulfureux “Emmanuelle” de Just Jaeckin, tout commence pour lui au collège quand il rencontre un certain Gérard Jugnot. Puis, son chemin croisera ceux de Thierry Lhermitte et Michel Blanc. Ensemble, ils créent la troupe du Splendid sur scène en 1974 avec le soutien financier de son oncle. Parallèlement, il apparaît sur grand écran dans de petits rôles sous la direction de Jacques Doillon ou Bertrand Tavernier. Sa troupe débarque au cinéma entre 1978 et 1982 avec les films cultes “Les Bronzés” de Patrice Leconte et “Le Père Noël est une ordure” de Jean-Marie Poiré. 

L’entente avec ce dernier est telle qu’ils feront 10 films ensemble, le réalisateur ne faisant pas un film sans sa star, le plus souvent également scénariste, pendant 20 ans. Tous deux pulvérisent le box-office en 1993 avec “Les Visiteurs” qui totalisent près de 14 millions de spectateurs. L’acteur est, pour l’unique fois, nommé aux Césars. Une suite sortira en 1998 et Christian Clavier devient l’acteur comique numéro 1 occupant, dans le cœur du public, l’espace laissé libre par Louis de Funès depuis son décès 10 ans plus tôt. On pense donc à lui pour rejoindre le casting prestigieux de “Astérix et Obélix contre César” de Claude Zidi dans le rôle du petit gaulois moustachu. C’est un succès annuel mais le record des Visiteurs sera battu seulement par le deuxième film de la franchise réalisé par Alain Chabat en 2002 : “Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre”.

Après 10 ans au sommet, l’acteur enchaîne ensuite plusieurs échecs et il faudra le retour de toute la troupe du Splendid dans “Les Bronzés 3 : Amis pour la vie” du fidèle Patrice Leconte en 2006 pour qu’il tutoie de nouveau le sommet du box-office avec plus de 10 millions de spectateurs. Son incursion dans le registre dramatique ou dans la réalisation avec “On ne choisit pas sa famille” en 2011 ne convainquent pas le public qui s’est trouvé de nouvelles idoles. 

Il reste néanmoins une référence et est sollicité par la nouvelle génération. Il joue ainsi aux côtés de Kev Adams ou devant les caméras de Philippe Lacheau et Alexandre Astier. Sa carrière compte un nouveau film au succès record : “Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?” totalise 12,3 millions d’entrées en 2014. Depuis, il est apparu dans des œuvres aux fortunes diverses sans jamais perdre le rythme – jusqu’à 4 par an.

Qu’il nous fasse rire ou qu’il nous agace et malgré une absence de récompenses prestigieuses, on ne peut pas nier l’importance de Christian Clavier dans notre cinéma et les chiffres le prouvent : il est le seul dans toute l’histoire à pouvoir se targuer d’avoir à son palmarès 4 films qui ont dépassé les 10 millions d’entrées !

Simon Chevalier

BIOGRAPHIE : ANOUK AIMÉE

 

BIOGRAPHIE : ANOUK AIMÉE

19 avril 2022

Celle qui fut une immense star du 7ème art dans les années 1960 va fêter dans quelques jours ses 90 ans. L’occasion de se rappeler les plus beaux moments d’une carrière sans frontières.

Née Nicole Dreyfus de parents comédiens, la future actrice grandit à Paris mais doit rapidement partir en Province pendant la Seconde Guerre Mondiale. Premier changement de patronyme : pour se protéger, elle prend son deuxième prénom et le nom de jeune fille de sa mère et devient François Durand. A la fin du conflit, elle est repérée pour sa beauté et débute au cinéma à seulement 14 ans sous le regard de Marcel Carné. Elle adopte alors son nom de scène définitif en choisissant le prénom de son premier personnage interprété à l’écran et c’est le grand poète et scénariste Jacques Prévert qui lui conseille d’y ajouter le qualificatif « aimée ».

Après avoir étudié l’art dramatique mais également la danse, elle enchaîne les collaborations avec les plus grands comme les réalisateurs Julien Duvivier et Jacques Becker ou l’acteur Gérard Philipe. Elle voit débuter le cinéaste Jean-Pierre Mocky en participant à son premier film. Très vite, elle est sollicitée aussi en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie. Elle est au casting de 2 immenses succès de Federico Fellini : « La dolce vita » -Palme d’Or au Festival de Cannes en 1960- et « Huit et demi » -Oscar du meilleur film étranger en 1964. Puis, nouvelle Palme d’Or avec ce qui restera le rôle le plus marquant de sa riche carrière, celui d’Anne Gauthier dans « Un homme et une femme » de Claude Lelouch. Le film est un triomphe dans le monde entier, elle décroche une nomination aux Oscars et commence à travailler à Hollywood. Elle sera toujours fidèle à Claude Lelouch et reprendra le même rôle dans les deux suites qui sortiront en 1986 et en 2019.

Après des années 1970 pauvres en projets, elle attaque la nouvelle décennie en fanfare en remportant le Prix d’interprétation cannois en 1980 pour « Le saut dans le vide » de Marco Bellocchio. Se partageant toujours de chaque côté des Alpes, elle travaille souvent avec les mêmes cinéastes au fur et à mesure des années. Si elle recevra un César d’Honneur en 2002 et cumule près de 80 films, elle reste pour beaucoup l’image de la femme amoureuse des années 60, symbole de cette époque entre romantisme et Dolce Vita.

Simon Chevalier

CRITIQUE : EN CORPS

 

CRITIQUE : EN CORPS

5 avril 2022

Le réalisateur de « L’auberge espagnole » nous fait partager son amour de la danse dans ce long-métrage joyeux et dynamique.

Ce soir, la danseuse Elise Gautier est l’héroïne d’un ballet au Théâtre du Châtelet. Mais, juste avant d’entrer en scène, elle découvre l’infidélité de l’homme qu’elle aime. Sous le choc, elle danse mais se blesse gravement et doit envisager une vie privée de sa passion. Commence alors pour elle une période de remise en cause dans laquelle elle va rencontrer nombre de personnages qui vont l’aider à se (re)trouver…

En 2020, pendant le confinement, Cédric Klapisch a consacré un documentaire aux danseurs de l’Opéra de Paris intitulé « Dire merci ». Aujourd’hui, il exprime son amour pour la danse, aussi bien classique que contemporaine, dans ce film qui voit naître une actrice : Marion Barbeau incarne brillamment cette jeune femme obligée de trouver un nouveau chemin de vie. A ses côtés, toute une galerie de personnages plus attachants les uns que les autres. De la bienveillante Muriel Robin au père taiseux Denis Podalydès en passant par François Civil et son nouveau look ainsi que le très drôle Pio Marmaï, ils se mettent tous au service de cette belle histoire.

Avec ce 14ème long-métrage, Cédric Klapisch confirme son talent pour écrire et réaliser des comédies fédératrices qui vous font voir la vie en couleur. On parie que vous aurez très envie d’esquisser quelques pas de danse en sortant de « En corps ».

Simon Chevalier

CRITIQUE : LES AFFAMEURS

 

CRITIQUE : LES AFFAMEURS

30 mars 2022

Il y a 70 ans, sortait ce western qui réunissait un grand cinéaste américain du genre et l’un des plus grands acteurs du 7ème art.

En 1952, le réalisateur Anthony Mann célèbre ses 10 ans de carrière derrière la caméra après une petite expérience d’acteur. Il aura réalisé pas moins de 23 films durant cette décennie. Il a commencé les années 50 en se lançant dans le genre du western dont il devient une figure aux côtés de John Ford et Henry Hathaway. Après “La porte du diable” qui, incroyable pour l’époque, prend parti pour les indiens et “Winchester ‘73” pour lequel il collabore avec une vieille connaissance, “Les Affameurs” est son premier film en Technicolor.

En 1952, James Stewart est déjà un immense acteur – oscarisé en 1941 pour “Indiscrétions” – doublé d’un héros de guerre car il est un pilote qui s’est engagé au moment de la Seconde Guerre Mondiale. Il a tourné pour Alfred Hitchcock ou Cecil B De Mille et surtout pour Franck Capra : il est le héros de l’œuvre culte “La vie est belle” en 1946. Il connaît Anthony Mann depuis 1934 et leurs débuts communs au théâtre. C’est l’acteur qui propose le nom de son ami au studio Universal pour réaliser “Winchester ‘73”. Après le succès de ce premier film en commun, ils entament tous deux une série de 5 westerns jusqu’en 1955.

Deuxième long-métrage du duo, “Les affameurs” récolte 3 millions de dollars de recettes pour le plus grand plaisir de son acteur principal qui avait négocié un intéressement aux recettes du film en échange d’un salaire réduit. Pour la postérité, ce film est considéré comme l’un des meilleurs westerns de l’histoire du cinéma.

Simon Chevalier

CRITIQUE : À PLEIN TEMPS

 

CRITIQUE : À PLEIN TEMPS

15 mars 2022

L’actrice Laure Calamy, césarisée en 2021 pour sa performance dans Antoinette dans les Cévennes incarne avec brio une mère désemparée dans À Plein temps d’Eric Gravel.

Quand Julie obtient enfin un entretien pour un poste correspondant à ses aspirations, une grève générale éclate, paralysant les transports. Célibataire, maman de deux enfants, dans la précarité, jonglant entre son travail dans un palace parisien et ses entretiens… À première vue, et en se fiant à la mise en scène dynamique, tout porte à croire qu’il s’agit d’un compte à rebours avant qu’elle n’explose.

Eric Gravel replonge les franciliens vivants dans la grande banlieue parisienne dans les angoisses des grèves des transports en commun de 2020, une époque a priori révolue mais qui reste néanmoins d’actualité au vu de la ponctualité et des pannes des RER chaque jour. À Plein temps est un film social qui déploie ses ailes et prend tout son sens grâce au suspense permanent intrinsèquement lié à chaque action de la vie du personnage : arrivera-t-elle à l’heure ? Parviendra-t-elle à faire garder ses enfants ? Ses paiements par carte seront-ils acceptés ? Derrière la fiction se cache une représentation du quotidien et des interrogations des français. 

À un mois du premier tour des présidentielles, le film fait résonance à la question du pouvoir d’achat et de l’emploi en France. Un diplômé sur quatre d’un bac +5 en 2019 cherchait encore un emploi en janvier 2021. C’est dur d’être un jeune diplômé, alors imaginez une femme célibataire avec deux enfants. Comme pour marquer un contraste social fort entre son travail (femme de chambre) et son lieu de travail (un palace parisien), des parallèles se font également entre ses qualifications (un bac + 5) et son travail. Julie devient alors une poupée russe qui cherche tant bien que mal à désemboiter et à isoler ses problèmes.

C’est dans un rythme effréné que le spectateur suit les péripéties de la vie de Julie, et heureusement pour elle (et pour nous), tout est bien qui finit bien… Ou presque ? 

Pravine Barady

BIOGRAPHIE : LAURE CALAMY

 

BIOGRAPHIE : LAURE CALAMY

15 mars 2022

Comment cette fille de médecins est-elle devenue l’une des actrices les plus attachantes de sa génération ? Retour sur les 20 premières années d’une carrière encore prometteuse…

Née en 1975, Laure Calamy étudie l’art dramatique après avoir obtenu son baccalauréat. Diplômée du Conservatoire, elle fait ses premiers pas à l’écran en 2001 sous la direction de Philippe Garrel. Multipliant les courts et les moyens métrages, elle est remarquée dans 2 d’entre eux : Un monde sans femmes de Guillaume Brac et La contre-allée de Cécile Ducrocq, ce dernier lui offrant même le Prix d’interprétation d’un des plus prestigieux Festivals américains, celui de Sundance.

Si c’est via la télévision qu’elle devient célèbre, elle interprète nombre de seconds rôles au cinéma avec un pic en 2017 où elle est à l’affiche de 5 longs-métrages. Cette prolifique activité démontre son talent et, logiquement, elle est nominée pour le César de la Meilleure actrice dans un second rôle en 2018 pour Ava de Léa Mysius. Deux ans plus tard, elle est le rayon de soleil de la comédie Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal qui offre un véritable bol d’air au cinéma français entre 2 confinements. S’ensuit une première nomination au César de la Meilleure actrice pour cette œuvre, trophée qu’elle remporte.

Aujourd’hui, elle est l’héroïne de À plein temps d’Éric Gravel, un thriller du quotidien autour d’une femme qui se bat chaque jour avec son difficile quotidien. Une nouvelle interprétation remarquable au palmarès de cette actrice aussi talentueuse que sympathique.

Simon Chevalier

CRITIQUE : ILS SONT VIVANTS

 

CRITIQUE : ILS SONT VIVANTS

8 mars 2022

Béatrice vit avec son fils et sa mère. Sa rencontre avec un migrant et son engagement qui vont suivre vont bouleverser son quotidien et ses convictions…

Deux ans après la baby-sitter psychopathe dépeinte dans Chanson Douce, Jérémie Elkaïm s’intéresse à l’immigration avec son nouveau long-métrage intitulé Ils sont vivants. Officiellement démantelée en 2016, la « jungle » de Calais accueillait chaque année un grand nombre de migrants qui y résidaient temporairement le temps de rejoindre clandestinement le Royaume-Uni. C’est le cas de Mokhtar (Seear Kohi), enseignant iranien cherchant plus que tout à rejoindre l’Angleterre, qui croise la route de Béatrice, l’héroïne du film (interprétée par Marina Foïs) et l’autrice du roman autobiographique Calais mon amour, paru en 2017.

« Marine, tu sais ce soir ça va mal… »

Il faudra seulement quelques instants aux spectateurs pour comprendre la vie et le quotidien morose de Béatrice. Elle fait face à la mort de son mari, travaille en tant qu’infirmière dans le service gériatrique et semble détester sa vie. On en retient immédiatement une protagoniste peu empathique et dont on pourrait se passer. D’autant plus qu’il s’agit en réalité d’une sympathisante FN habitant à une vingtaine de kilomètres de la « jungle » de Calais, soit l’équivalent d’une souris qui vivrait non loin d’un chat… Mais un soir, elle est obligée de ramener un soudanais et découvre la réalité du camp où l’insécurité règne, les vêtements manquent et la nourriture y est bien trop limitée. 

« Mais Marine, t’es forcément intelligente… »

L’intérêt du film (du moins dans sa première partie) repose sur la découverte et l’exploration de ce milieu, souvent filmé à l’aide d’une caméra portée pour l’immersion, mais cette fois-ci de l’intérieur et du point de vue de Béatrice. Tout comme elle, nous découvrons ce que veut dire être bénévole dans cet endroit et tout ce que cela implique. Jusque-là, le film se pare des allures d’un documentaire. Il s’en détache cependant par sa capacité à adapter la réalité à la vie de cette femme atrocement seule, et voulant faire du bien coûte que coûte, quitte à en perdre le contrôle. Lors d’une de ses visites au camp, elle assise à la naissance de bébés chiots devant les migrants émerveillés. Mais la plus émerveillée, c’est elle, car elle y découvre qu’il y a de la vie dans cette « jungle » qu’elle pensait morte…

« Marine, regarde-nous, on est beau… »

Ils sont vivants est un film radicalement différent dans sa seconde partie, même si son ode à la tolérance reste remarquable. Si la première partie du film nous permettait de découvrir, la seconde est un combat incessant entre l’amour et la haine, l’attraction et la répulsion. Les activités bénévoles et amoureuses de Béatrice sont évidemment jugées et critiquées par sa sphère publique et privée (qu’attendre de mieux d’un entourage pro-FN ?).

« Ils sont vivants », s’écrie Béatrice. Mais en hurlant ses mots, il se pourrait bien qu’elle comprenne qu’elle vit enfin elle aussi…

Pravine Barady

CRITIQUE : ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ

 

CRITIQUE : ZAÏ ZAÏ ZAÏ ZAÏ

1 mars 2022

Adapté de la bande dessinée du même nom, le film de François Desagnat nous emmène dans l’univers drôle et absurde du dessinateur Fab Caro également auteur du roman « Le discours ».

Si vous avez aimé ce dernier livre, vous ne serez pas déçu du voyage. Sur un air de Joe Dassin plongez votre petite cuillère dans votre pot de glace préféré et délectez-vous de cette histoire aux apparences banales mais affreusement épique. Zaï Zaï Zaï Zaï, c’est l’histoire d’un homme qui, au moment de payer ses courses à la caisse du supermarché, s’aperçoit que sa carte de fidélité est restée dans son autre pantalon. Dépassé par les événements, il menace la caissière et le vigile avec… un poireau !

Voyez plutôt le point de départ. On vous laisse imaginer la suite…

De là, démarre une chasse à l’homme absurde. La France se mobilise pour traquer cet homme qui est l’un des maillons manquants au monde de la consommation. On y retrouve des personnages haut en couleur, teintés d’humour satirique ; critique des services d’État, de la classe moyenne, de l’adolescence rebelle. Tout le monde y passe, alors pourquoi pas vous ?

On recommande !

Claire Tisseront

CRITIQUE : LA VRAIE FAMILLE

 

CRITIQUE : LA VRAIE FAMILLE

22 février 2022

Anna, son mari et ses enfants vivent heureux. Jusqu’au jour où le père biologique d’un de ses enfants exprime le désir de récupérer la garde de son fils. Car oui, Simon est un enfant placé, et cette nouvelle représente le début de la fin pour eux…

L’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) a mauvaise réputation, il suffit de lire les témoignages relatant l’existence d’innombrables prédateurs ayant profité de leur position de famille d’accueil pour abuser d’enfants. Dans le second long-métrage de Fabien Gorgeart, intitulé La vraie famille, la famille d’accueil est bien plus bienveillante que prévu.

Accueillir pour protéger

Ces dernières années, de nombreux films français se sont intéressés à des thématiques liées à l’enfance. De l’adoption avec Pupille (2018), aux victimes de violences sexuelles avec Les Chatouilles (2018), le cinéma est un vecteur de démocratisation sociétale important. Dans La vraie famille de Fabien Gorgeart, nous découvrons les problématiques associées aux enfants placés dans des familles d’accueil. Moins concret que d’autres films et plus dans une dynamique de fiction, le film dépeint le quotidien d’une de ces familles. L’introduction du film où celle-ci nage littéralement en plein bonheur dans un parc aquatique, s’amuse à jouer à ping-pong ou encore profite d’une soirée festive ne laisse aucun doute sur le fait qu’en apparence, il s’agit d’une famille épanouie tout à fait normale. Mais dès lors qu’il décide d’installer un dialogue, nous sommes plongés dans un quotidien rigide et entouré de règles.

Simon a 6 ans, et il a été placé à ses 18 mois. Pour ceux qui ne connaissent pas le sujet, l’assistant familial est celui qui héberge à son domicile des enfants qui n’ont pas la possibilité d’avoir une présence suffisante (morale, physique et économique) de la part de leurs parents. Dans cette situation, Anna, son assistante familiale, doit veiller à sa protection et à son bien-être comme un parent classique. Derrière ce postulat se cache d’autres zones d’ombres qui sont éclairées par la caméra de Fabien Gorgeart. Quand ses deux enfants veulent faire de l’accrobranche, Simon ne peut les suivre. Pas à cause de son âge, mais parce qu’il lui est interdit de pratiquer des activités potentiellement dangereuses.

Le partage de mouchoirs

Mais La vraie famille peut aussi être vu comme un film sur les bonnes pratiques de la famille d’accueil. Fabien Gorgeart prend le parti pris d’une famille stable, parfaite, nageant dans le bonheur, et d’un père, apte et compréhensif, voulant récupérer son enfant. Cette situation rend le film d’autant plus compliqué pour le spectateur, incapable d’en vouloir à ce père veuf, mais souhaitant tout de même que Simon soit aux côtés de la famille parfaite dépeinte. Même s’il abuse volontairement du fondu au noir, le réalisateur met l’accent sur la complicité entretenue avec cette famille, mais également sur la difficulté des autres enfants à comprendre pourquoi ils doivent quitter celui qu’ils considèrent désormais comme leur frère. 

Le film accorde beaucoup d’importance à Simon, mais c’est bien du point de vue d’Anna, interprétée par Mélanie Thierry, que nous suivons la situation. Comment celle qui l’a élevée comme une mère peut-elle le laisser partir ? Le placement en famille d’accueil ne permet pas de devenir légalement des parents, et c’est la principale différence avec l’adoption qui est soulignée dans le film. Il s’agit de son métier, et un véritable jugement de Salomon s’y opère. L’adaptation progressive à son départ passe par des changements verbaux (ne plus l’appeler « maman »), mais aussi une place plus importante du père biologique (passer les week-end et les vacances ensemble). La vraie famille est un véritable crève-cœur qui fera verser des larmes aux plus braves, et plus les minutes passent, plus nous approchons du moment fatidique des aux-revoirs, plus nous souffrons de la situation aux côtés d’Anna et de sa famille.

La vraie injustice de La vraie famille, c’est la souffrance d’un enfant qui n’a pas choisi d’être emporté dans ce tourbillon émotionnel incontrôlable. Comment prendre assez de recul pour savoir différencier son propre désir et ce qui est bon pour l’enfant ? Ce sont les questions complexes à découvrir dans ce film bouleversant, le mouchoir dans une main et le poing serré de l’autre.

Pravine Barady

CRITIQUE : PRESQUE

 

CRITIQUE : PRESQUE

15 février 2022

Une ode à la vie qui mêle philosophie, humour et aventure pour un premier long-métrage réussi né de la collaboration entre Bernard Campan et Alexandre Jollien.

Presque est une histoire d’amitié entre deux hommes marginalisés par la société. Igor est handicapé et philosophe, Louis est croque-mort et désabusé. Suite à une rencontre fortuite à Lausanne, les deux personnages nous emportent dans un road trip passionnant à bord d’un corbillard. Auprès d’eux, nous sommes confrontés à des thématiques aussi dures que le handicap, le deuil et le regard de la société, mais la grande force du film est qu’il les traite toujours avec authenticité et sans aucun jugement. Ce tandem, simultanément cinéastes et comédiens, réalise un film courageux qui questionne la normalité et le poids du regard d’autrui.

Si cela vous intéresse, nous vous invitons chaleureusement à découvrir ce film émouvant avec nous le lundi 21 février à 20h30. La projection sera suivie d’une discussion avec Brigitte Mahieu, psychologue, pour échanger ensemble sur ces thématiques. De plus, la séance sera présentée en SME, avec des sous-titres pour les personnes sourdes et malentendantes, pour plus d’inclusion.

 

Camille et Marie du Ciné-Club Truffaut (15-25)

CRITIQUE : RED ROCKET

 

CRITIQUE : RED ROCKET

15 février 2022

L’INVITÉ DE LA GAZETTE, EN PARTENARIAT AVEC CINEVERSE

Sean Baker revient quatre ans après son très beau The Florida Project pour présenter Red Rocket, un film mordant et cinglant qui ne manque pas d’humour et d’honnêteté.

Mikey (Simon Rex) est un acteur porno plus que sur le déclin. Après avoir flirté pendant plus d’une quinzaine d’années avec le monde du show sexuel, Mikey est forcé de revenir au Texas, sans le sous et avec un œil au beurre noir. Comment peut-on tourner la page d’une vie de paillettes et de sperme ? Baker semble avoir la réponse : on ne s’en défait jamais totalement.

Ma bite et mon couteau

Mikey vit dans son passé auréolé d’une heure de gloire qu’il ne cesse de mettre en avant. « 20 millions de vues sur Pornhub ! » annonce-t-il, tout fier, à son jeune voisin raté Lonnie (Ethan Darbone) qu’il a convaincu de devenir son chauffeur personnel. Faute de moyens et d’opportunités – l’ex-acteur est retourné vivre dans un taudis texan avec son ex-femme et la mère de cette dernière – Mikey ne peut compter que sur ce qui lui a permis de réussir : sa belle gueule, son bagou et son sabre (son sexe), dont il a tiré son pseudonyme d’acteur porno Mikey Saber. 

Red Rocket axe donc son récit tant sur l’absurdité de son personnage principal que sur son dur retour à la réalité. Comme à son habitude, Sean Baker se permet de flouter la limite entre documentaire et fiction, faisant tout le charme de son cinéma, et le fait que Simon Rex soit réellement un ancien acteur porno ne fait que renforcer cet effet. Outre un récit parfaitement ficelé et ne laissant aucune place à l’ennui, le réalisateur se targue d’une magnifique fresque sociale (aussi présente dans ses précédents films) faisant la part belle à l’Amérique profonde et à ses problématiques économiques. Son ex-femme Lexi (Bree Elrod), avec qui sa carrière porno a commencé, n’a pas eu la même vie : pauvreté, drogues, alcool et prostitution, en voici un joli cocktail made in American way of life. Si Mikey se vante constamment pour ses exploits carriéristes, ce n’est finalement que pour rappeler à tous ces petites gens qu’ils devraient avoir honte de ne pas tenter l’American dream.

Come-back sexuel

Face à son échec et à des activités foireuses comme le deal de drogues, Mikey nourrit un doux espoir : celui de retourner à la cité des Anges pour reprendre sa carrière. Il jette alors son dévolu sur la jeune et jolie Strawberry (Suzanna Son), même pas 18 ans mais qui pourrait sans aucun doute être son ticket de retour. Sous les traits de Mikey s’exprime donc la sexualisation malsaine des adolescentes par une Amérique biberonnée à la pornographie, sauf que le problème est double : Strawberry est elle-même une enfant nourrie à la surabondance d’images à caractère sexuel, faisant de la jeune fille la représentante parfaite d’une sexualité symptomatique de l’exposition précoce à la pornographie.

Récit tragi-comique au possible, Red Rocket trouve un équilibre parfait dans son propos pour y placer autant d’humour que de désespoir. Sean Baker signe ici un film au cynisme plus poussé qu’à son habitude, comme s’il tirait la sonnette d’alarme d’une société malade et déconnectée de ses problématiques. Il y a donc mille et une façons d’aborder la décrépitude d’une planète laissée à son sort.

Terence Scarano-Defaux

BIOGRAPHIE : IDA LUPINO

 

BIOGRAPHIE : IDA LUPINO

8 février 2022

Focus sur la carrière d’une des premières réalisatrices de l’histoire du 7ème art qui aurait fêté ses 104 ans cette année.

Née à Londres en 1918 dans une famille d’origine italienne, Ida Lupino est issue d’une longue lignée de comédiens et de marionnettistes qui remonte jusqu’au XVIIème siècle. Elle fait ses premiers pas devant une caméra britannique dès ses 13 ans mais part rapidement à Hollywood où Henry Hathaway la fait débuter aux côtés de Gary Cooper dans Peter Ibbetson.

Elle a 23 ans quand elle goûte à ses premiers succès sous la direction de Raoul Walsh et avec Humphrey Bogart comme partenaire : Une femme dangereuse et La grande évasion.

Après quelques années, elle commence à s’ennuyer sur les plateaux de tournage et regarde avec envie les cinéastes. Épaulée par son nouveau mari, le producteur et scénariste Collier Young, elle fonde une société de production et se met à l’écriture. Elle devient réalisatrice en 1949 quand Elmer Clifton, le metteur en scène qu’elle avait engagé pour Avant de t’aimer décède brutalement. Elle le remplace et commence alors un nouveau chapitre de sa carrière composé d’œuvres où les femmes occupent une place centrale même si elle se défend d’être féministe.

Elle marque un grand coup en 1950 quand sort Outrage, un film sur le viol et les traumatismes engendrés. Cette même année, elle devient la première femme à intégrer le syndicat des réalisateurs de cinéma. Elle étonne une nouvelle fois en 1953 avec Le voyage de la peur au casting cette fois-ci composé presque exclusivement d’hommes.

Mettant un terme à sa carrière de cinéaste à la fin des années 60, elle se consacre alors à la télévision et apparaîtra rarement sur le grand écran lors de la décennie suivante. Décédée en 1995, à l’âge de 77 ans, elle n’aura réalisé que 7 films en 17 ans mais aura marqué l’histoire du cinéma américain par son audace et sa liberté d’aborder des sujets tabous pour l’époque.

Simon Chevalier

CRITIQUE : OUISTREHAM

 

CRITIQUE : OUISTREHAM

1 février 2022

Emmanuel Carrère réussit l’adaptation du livre de Florence Aubenas grâce à son sens du cinéma du réel et à des interprètes impressionnantes.

Que fait Marianne Winckler en Normandie ? Arrivée récemment et ne connaissant personne, elle cherche du travail et va en trouver dans le milieu de la propreté. Sa plongée dans la précarité va lui faire découvrir le courage et la solidarité de femmes invisibles. Mais que cache-t-elle, et ses bonnes intentions suffiront-elles à excuser son secret ?

Il aura fallu de nombreuses années à Florence Aubenas pour accepter que son œuvre Le quai de Ouistreham soit adaptée au cinéma. Et c’est son confrère écrivain Emmanuel Carrère qui en fait son deuxième long-métrage de fiction en tant que réalisateur. Il signe une œuvre qui respecte le propos initial, à savoir offrir une visibilité à ces travailleuses de l’ombre qui se lèvent chaque matin pour aller faire un travail difficile et ingrat, au vu de leur faible salaire. Incarnés par des actrices non professionnelles, ces personnages font surtout preuve d’une grande solidarité entre elles, solidarité dont bénéficie Marianne. Dans ce rôle, Juliette Binoche apparaît sans fards dans la peau d’une reporter au plus près du réel, comme elle pourrait le faire sur le front d’une guerre. Elle nous démontre à quel point la société française est plus que fracturée pour qu’il faille jouer un rôle afin d’approcher au plus près d’une partie de la population.

Au-delà de son message social, ce film explore également avec force la limite entre le “mensonge utile” et la trahison. On voit le personnage principal s’enfoncer dans une situation de plus en plus inextricable et aboutir à un dénouement abrupt que chaque spectateur jugera selon sa propre sensibilité.

Simon Chevalier

CRITIQUE : TWIST À BAMAKO

 

CRITIQUE : TWIST À BAMAKO

18 janvier 2022

Pour son 22ème film, le cinéaste marseillais prend le chemin de l’Afrique et plus particulièrement du Mali de 1962 en pleine effervescence post-indépendance.

Jeune homme enthousiasmé par le nouveau régime de son pays, Samba se donne corps et âme pour promouvoir le socialisme qui règne depuis maintenant 2 ans dans la toute jeune République du Mali. En cette année 1962, il va devoir concilier ses idéaux et l’apprentissage de l’amour, le tout sur fond de musique yé-yé.

Robert Guédiguian nous propose ici un film très différent du reste de sa filmographie tout en conservant la même philosophie. Il réussit à nous embarquer dans un film d’époque grâce à une reconstitution soignée et nous fait suivre une jeunesse engagée et attachante dans laquelle on perçoit une part d’autobiographie de la part du réalisateur et scénariste. Enfin, les idéaux sont toujours là, dans leur pureté mais aussi dans les désillusions vers lesquelles ils nous amènent.

Si ce nouveau long-métrage ravira les fans du cinéaste engagé qu’est Robert Guédiguian, il plaira aussi à tous les autres spectateurs par l’histoire d’amour sur fond de période historique qui ne manquera pas de leur faire vivre nombre d’émotions.

Simon Chevalier

CRITIQUE : UN HÉROS

 

CRITIQUE : UN HÉROS

4 janvier 2022

Le cinéaste iranien contemporain le plus connu au monde nous livre un nouveau film au scénario implacable.

Si Rahim est en prison, c’est pour une dette qu’il a contracté auprès d’un créancier particulièrement retors, son ex beau-frère. Alors, quand il se retrouve en possession d’un sac perdu contenant des pièces d’or lors d’une permission, que va-t-il en faire ?

S’il a une carrière internationale – il a tourné Le Passé en France avec Bérénice Béjo et Tahar Rahim et Everybody knows en Espagne avec Penelope Cruz et Javier Bardem -, Asghar Farhadi n’est jamais aussi juste que quand il parle de son pays d’origine. Cette fois, il nous emmène dans un Iran où la fierté et la réputation restent des composantes sociétales capitales et doivent cohabiter avec une montée en puissance des réseaux sociaux. À partir du moment où le personnage principal prend une décision concernant le butin retrouvé, il est embarqué dans une mécanique qu’il ne maîtrise plus et qui se déroule selon un scénario brillant. Ce qui est impressionnant, c’est que la lecture de ce film dépendra de chaque spectateur et de la façon dont il perçoit le “héros” : honnête homme ou manipulateur ? À chacun de se faire une opinion…

Suite à sa quatrième sélection au Festival de Cannes en juillet dernier, Asghar Farhadi a remporté le Grand Prix, troisième distinction cannoise qui rejoint son César et ses deux Oscars, entre autres. Un palmarès impressionnant en moins de 20 ans de carrière.

Simon Chevalier

BIOGRAPHIE : STEVEN SPIELBERG

 

BIOGRAPHIE : STEVEN SPIELBERG

21 décembre 2021

Alors qu’il vient d’avoir 75 ans, retour sur le parcours d’un cinéaste mythique à la carrière aussi riche en succès que diversifiée. 

Né le 18 Décembre 1946 à Cincinnati, le petit Steven est le fils d’Arnold Spielberg, un pionnier de l’informatique à qui on doit l’un des premiers ordinateurs. Passionné très tôt par le 7ème art, il réalise ses premières œuvres dès l’âge de 12 ans avec la caméra Super 8 de son père mais ses résultats scolaires étant médiocres, il ne peut intégrer une école de cinéma. Heureusement, “Amblin”, l’un de ses courts-métrages, lui permet de se faire repérer par les studios Universal qui l’engage pour la télévision en 1968. Il s’en souviendra plus de 10 ans plus tard en baptisant sa maison de production du nom de ce film fondateur.

Le succès de son téléfilm “Duel” lui ouvre les portes du grand écran pour lequel il en crée une version longue en 1973. L’année suivante, il sort son premier vrai film de cinéma “Sugarland Express” qui remporte le Prix du Scénario au Festival de Cannes mais est un échec commercial. Sa carrière naissante est menacée et il a beaucoup de mal à réunir les 4 millions de dollars nécessaires à son prochain projet. Le tournage de ce nouveau film est laborieux et le budget doit être plus que doublé. Et, contre toute attente, “Les dents de la mer” devient le film le plus vu au cinéma dans le monde en cette année 1975. Ce triomphe permet au jeune cinéaste de réaliser son rêve : un film sur des “Rencontres du troisième type” entre l’Homme et des extraterrestres. Sorti en 1977, alors que les cinéphiles sont passionnés par la science-fiction depuis “Star Wars”, c’est un nouveau succès.

Après l’échec de “1941”, cet admirateur de James Bond crée son propre héros avec son ami George Lucas. Il s’appellera Indiana Jones et sera à l’origine d’une série de films parmi les plus rentables du 7ème art. Steven Spielberg a alors 35 ans et le monde est à ses pieds quand il présente en clôture du Festival de Cannes 1982 “E.T”. S’ensuit une période moins “divertissante” avec les films historiques “La Couleur Pourpre” et “L’empire du soleil” et un drame sur le deuil “Always”.

Il bat son propre record au box-office avec “Jurassic Park” en 1993 avant de remporter son premier Oscar du Meilleur Réalisateur pour le bouleversant “La liste de Schindler”. Son année 1997 est très contrastée : “Le monde perdu : Jurassic Park” cartonne mais “Amistad” bouscule les Américains par sa vision de l’esclavage et ne trouve pas son public. Il terminera les années 1990 avec un deuxième Oscar du Meilleur Réalisateur pour “Il faut sauver le soldat Ryan”.

Retour à la science-fiction en 2001 avec “A.I Intelligence Artificielle” dans lequel il fait tourner Haley Joel Osment qu’il aurait bien vu dans la peau d’Harry Potter avant de se voir opposer un refus de JK Rowling, la créatrice du petit sorcier. Il continue dans la même veine en signant “Minority Report” avec Tom Cruise avant de retrouver Tom Hanks pour “Arrête-moi si tu peux” et “Le terminal” puis de nouveau Tom Cruise dans “La guerre des mondes”. Il est ensuite rattrapé par sa passion de l’histoire et traite les suites de la prise d’otages des JO de 1972 dans “Munich” avant de prendre une pause bien méritée.

En 2008, c’est le retour d’Indiana Jones pour une quatrième aventure que certains considèrent comme celle de trop. Alors, celui qui a toujours capitalisé sur les progrès techniques de son époque se lance dans la 3D : “Les aventures de Tintin : le secret de la licorne” sort en 2011 et éclipse la même année “Cheval de guerre” qui cumule pourtant 6 nominations aux Oscars. 

Le 30ème long-métrage de Steven Spielberg est consacré au président “Lincoln” et à son combat contre l’esclavage. Président, le cinéaste le devient pendant 15 jours au Festival de Cannes 2013 avant un nouveau film historique “Le pont des espions” et un autre pour le jeune public “Le Bon Gros Géant”.

Après une année 2018 riche de deux films, “Pentagon Papers” et “Ready Player One” dont le dernier cumule 2 millions de spectateurs en France, le réalisateur le plus iconique de la fin du 20ème siècle revient avec une adaptation de la comédie musicale culte “West Side Story”. Un nouveau défi pour celui dont on connaît tous les films, d’une diversité impressionnante, et qui tourne actuellement son propre biopic.

Simon Chevalier

ANNIVERSAIRE : LA SAGA HARRY POTTER A 20 ANS !

 

ANNIVERSAIRE : LA SAGA HARRY POTTER A 20 ANS !

14 décembre 2021

En cette fin d’année 2001, débarque un petit sorcier qui va affoler les salles obscures après son succès en librairie. Mais comment ce passage des pages à l’écran s’est-il effectué ?

En 1997, il n’est pas évident pour le studio Warner de voir le potentiel d’adaptation d’un roman jeunesse qui vient de sortir au Royaume-Uni et qui raconte l’apprentissage d’un jeune garçon dans une école de sorciers. Mais le succès de l’œuvre est fulgurant et, bien avant que les petits Américains ne s’arrachent le livre, le film est déjà sur les rails sous la surveillance étroite de l’auteur J.K Rowling.

Le premier réalisateur intéressé sera Steven Spielberg, qui veut en faire un film d’animation, mais le studio s’y oppose. Puis, il tente d’imposer Haley Joel Osment, le petit garçon qui vient de faire un triomphe dans Sixième Sens de M. Night Shyamalan. Mais J.K Rowling exigeant que son héros soit interprété par un acteur britannique, le cinéaste quitte le projet et finira par réaliser AI Intelligence Artificielle avec le jeune comédien. C’est finalement Chris Columbus – réalisateur de Maman, j’ai raté l’avion et Mrs Doubtfire – qui mettra en scène les premiers films, car il se montre fidèle aux romans et a l’habitude de travailler avec des enfants.

De gigantesques castings sont organisés et Emma Watson et Rupert Grint passent du théâtre amateur aux plateaux de cinéma. C’est plus difficile pour Daniel Radcliffe qui est remarqué dans le téléfilm David Copperfield mais dont les parents s’opposent au fait que leur fils incarne Harry Potter. Ce n’est que quelques mois avant le début du tournage qu’ils cèdent et que le trio est constitué. Ils sont accompagnés par quantité de stars du cinéma anglais comme Maggie Smith, Alan Rickman ou encore Julie Walters. On peut dire que tout le gotha des comédiens anglais fera une apparition plus ou moins importante sur l’ensemble de la saga.

Le tournage commence le 29 septembre 2000 et se termine le 23 mars 2001. Il a lieu principalement dans une usine d’avions désertée qui fera office de studio mais également au château d’Alnwick et à la cathédrale de Gloucester. Un peu plus de huit mois plus tard, Harry Potter à l’école des sorciers sort en France le 5 décembre 2001. C’est un succès considérable et, en moins d’un mois, il devient le film le plus vu de l’année avec près de 9,5 millions d’entrées. Il obtient trois nominations aux Oscars, notamment pour sa musique et ses costumes.

Et voilà comment ont débuté les aventures cinématographiques d’un certain Harry Potter qui a tenu en haleine plusieurs générations, sur une décennie entière. 10 ans résumés en un week-end au Cinéma François Truffaut pour bien commencer les vacances de Noël !

Simon Chevalier

BIOGRAPHIE : THIERRY DE PERETTI

 

BIOGRAPHIE : THIERRY DE PERETTI

23 novembre 2021

Acteur et réalisateur, Thierry de Peretti sera présent ce dimanche au Cinéma François Truffaut de Chilly-Mazarin pour nous présenter en avant-première son troisième long-métrage Enquête sur un scandale d’État.

Né à Ajaccio, Thierry de Peretti a appris son métier dans la Classe Libre du Cours Florent qui regroupe les meilleurs élèves de la célèbre école de théâtre. Il y côtoie Jean-Paul Rouve, Jeanne Balibar ou encore Valérie Bonneton. Prolifique sur les planches, il apparaît dans peu de films mais sous la direction des réalisateurs prestigieux Patrice Chéreau, Bertrand Bonello et Olivier Assayas.

Il devient cinéaste en 2005 avec un film court puis passe au moyen-métrage en 2011. Son premier long Les Apaches est un petit film – il n’a coûté que 700 000 Euros – dont l’action se situe en Corse et est interprété par des acteurs non-professionnels mais il séduit par sa force narrative et est sélectionné à la prestigieuse Quinzaine des Réalisateurs lors du Festival de Cannes 2013. 4 ans plus tard, Thierry de Peretti est de retour au Festival mais, cette fois, à la Semaine de la Critique avec Une vie violente qui traite du drame de la radicalité des mouvements indépendantistes corses. Le réalisateur reste donc fidèle à son île de naissance et tient à en expliquer ses sombres aspects.

En février prochain, sortira son troisième long-métrage dans lequel apparaîtra un casting impressionnant : Vincent Lindon, Pio Marmaï, Roschdy Zem ou encore Valeria Bruni-Tedeschi sont à l’affiche de Enquête sur un scandale d’État, un thriller efficace que vous pourrez découvrir dès ce dimanche lors de la clôture des Rencontres Cinessonne au Cinéma François Truffaut avant un échange avec le plus corse de nos cinéastes contemporains.

Simon Chevalier

CRITIQUE : COMPARTIMENT N°6

 

CRITIQUE : COMPARTIMENT N°6

9 novembre 2021

L’histoire d’un voyage aux confins du pôle arctique et d’un amour inattendu qui a reçu le Grand Prix au dernier Festival de Cannes.

Étudiante en archéologie, Laura quitte Moscou et sa petite amie Irina pour aller découvrir les pétroglyphes de Mourmansk. Pour cela, elle va franchir 2000 kilomètres à bord d’un train rudimentaire et en compagnie de Lioha, un ouvrier des plus rustres.

Ce deuxième long-métrage du réalisateur finlandais Juho Kuosmanen nous éblouit par ses images de paysages enneigés et par son atmosphère particulière. Petit à petit, le spectateur s’attache à Laura, jeune fille partie dans une aventure passionnante mais aussi risquée quand elle se retrouve face à la brutalité de son compagnon de voyage. Néanmoins, au-delà des apparences et de la première impression, elle apprend à comprendre cet homme et à en faire la plus grande découverte de son parcours – sensation renforcée par le peu de place accordée aux fameux pétroglyphes à la fin du parcours.

Compartiment N°6 est un nouveau film sur la rencontre entre deux personnes que tout sépare. Mais il reste unique par son réalisme du voyage Moscou-Mourmansk et par l’atmosphère qui en découle. Enfin, on appréciera, en tant que français, l’utilisation du tube à l’efficacité nostalgique Voyage, voyage.

Simon Chevalier

BIOGRAPHIE : VALERIA BRUNI-TEDESCHI

 

BIOGRAPHIE : VALERIA BRUNI-TEDESCHI

2 NOVEMBRE 2021

VALERIA BRUNI-TEDESCHI

Actrice et réalisatrice reconnue aussi bien en France qu’en Italie, la sœur de Carla Bruni a su construire une carrière des plus complètes. Avant de la découvrir dans le film percutant de Catherine Corsini « La Fracture », redécouvrez les moments forts de sa vie professionnelle.

Née en 1964 à Turin et issue d’une famille bourgeoise de musiciens – son père était compositeur d’opéra et sa mère pianiste concertiste – la petite Valeria émigre en France avec sa famille alors qu’elle n’a que 9 ans par peur des Brigades Rouges. Elle prend des cours de théâtre à Nanterre où elle croise Agnès Jaoui et Vincent Perez. Elle a également Patrice Chéreau comme professeur.

Professeur qui lui fait faire ses débuts au cinéma dans « Hôtel de France » avec ses camarades étudiants en 1987. 7 ans plus tard, elle reçoit le César du Meilleur Espoir Féminin pour « Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel » de Laurence Ferreira Barbosa. En 1996, première récompense italienne avec le premier David di Donatello de la Meilleure Actrice de sa carrière : elle en cumule à ce jour 4 dont un pour « Mots d’amour » qu’elle a coécrit avec Mimmo Calopresti.

Cette expérience scénaristique lui donne de nouvelles envies et, en 2002, elle écrit et réalise « Il est plus facile pour un chameau… » aux forts accents autobiographiques et qui lui vaut le Prix Louis Delluc du Premier Film. Tout en continuant à enchaîner les rôles, elle signe « Actrices » en 2007 – Prix spécial de la sélection « Un Certain Regard » à Cannes – puis « Un château en Italie » en 2013 –  en compétition au Festival de Cannes – et enfin « Les Estivants » en 2018 – présenté au Festival de Venise.

De nouveau présente cette année au Festival de Cannes, elle y présentait « La Fracture » de Catherine Corsini, un film coup de poing entre Gilets Jaunes et crise hospitalière. Un film à retrouver lors des 15 prochains jours au Cinéma François Truffaut.

Simon Chevalier

INTERVIEW : IAN GUICHARD, réalisateur de Étienne

 

INTERVIEW : IAN GUICHARD, réalisateur de Étienne

19 OCTOBRE 2021

Partez à la découverte de celui qui présentera son court-métrage « Etienne » en avant-programme de La Nuit de l’Horreur.

Comment es-tu devenu réalisateur ?

J’ai passé un Bac S au lycée Jean-Baptiste Corot avec option Cinéma. C’est ainsi qu’a grandi ma culture cinématographique notamment avec le programme de Terminale, centré sur « l’illusion au cinéma ». J’ai pu découvrir des œuvres comme « Mulholland Drive » de David Lynch, « Le Prestige » de Christopher Nolan ou encore « Shutter Island » de Martin Scorsese. J’ai enchaîné avec un BTS Audiovisuel option image puis une année supplémentaire en réalisation car je me suis rendu compte que dans tous les métiers du cinéma, c’était le cadrage qui me plaisait le plus. Ce samedi, c’est mon tout premier film que vous allez pouvoir découvrir : « Etienne ».

Justement, que peux-tu nous dire de cette œuvre ?

L’idée de départ était de faire des sketchs différents autour d’un même personnage. Puis, pour dramatiser l’histoire, nous avons imaginé la situation de cet homme qui n’accepte pas que sa copine soit partie et qui revit tout en boucle. Étant attiré par l’absurde, j’aimais bien l’idée de transposer le fait qu’il n’arrive pas à passer à autre chose. Alors, ce n’est pas un film linéaire, on voyage dans l’esprit d’Etienne mais que ce soit la musique de Charlotte Porro, l’image ou encore le montage, tout retranscrit cette histoire que j’ai écrite il y a deux ans et demi. Et c’est surtout le résultat du travail de toute une équipe. Ce que j’aime dans le cinéma, c’est le fait d’être entouré par plein de gens qui sont des atouts pour un réalisateur.

Tu as tourné des scènes au cinéma François Truffaut en février dernier. Qu’est-ce que cela représentait pour toi ?

Dans le scénario de base, il y avait ces plans où le héros était spectateur du film de sa vie et c’était logique pour moi de les tourner dans ce lieu qui a vu naître ma cinéphilie et mon envie de faire des films quand j’étais au lycée. Je suis aussi ravi de pouvoir partager « Etienne » avec les spectateurs de La Nuit de l’Horreur car je suis friand de débats. Je sais que mon film a plein de défauts, comme toutes les premières œuvres mais j’espère bien me nourrir des retours qu’on pourra me faire samedi et échanger aussi sur la technique avec les étudiants présents et éventuels successeurs.

Simon Chevalier

BIOGRAPHIE : PHILIPPE LE GUAY

 

BIOGRAPHIE :  PHILIPPE LE GUAY

19 OCTOBRE 2021

À 65 ans, ce réalisateur et scénariste s’est surtout fait un nom lors de la dernière décennie avec ses comédies sociétales.

Élève de l’IDHEC (Institut Des Hautes Études Cinématographiques) dans les années 80, Philippe Le Guay y côtoie Arnaud Desplechin et Pascale Ferran, entre autres. Il commence sa carrière comme scénariste, notamment pour Nicole Garcia et réalise son premier film en 1989, « Les deux Fragonard ».

Plutôt porté sur le drame dans un premier temps, c’est avec des comédies qu’il rencontre le succès à partir de 2003 : « Le coût de la vie » et son casting 4 étoiles – Vincent Lindon, Laurent Deutsch, Claude Rich et Fabrice Luchini -, ce dernier devenant son acteur fétiche puisqu’il incarnera également les personnages principaux de « Les femmes du 6ème étage » en 2011 et « Alceste à bicyclette ». Pour cette dernière œuvre, le comédien et son cinéaste iront ensemble à la cérémonie des Césars 2014 où ils sont nommés tous les deux, Philippe Le Guay en tant que scénariste.

Offrant son dernier rôle à l’immense Jean Rochefort dans « Floride » en 2015, il retrouve aujourd’hui pour le deuxième film de suite François Cluzet – après « Normandie Nue » en 2018. Dans « L’homme de la cave », il lui a concocté un personnage de complotiste particulièrement intéressant à jouer pour l’acteur qui est brillamment accompagné par Jérémie Rénier et Bérénice Bejo.

S’il signe son premier thriller, Philippe Le Guay reste fidèle à une de ses particularités : refaire travailler un acteur. Rares sont en effet les interprètes qui sont présents dans un seul de ses films. Une tonalité personnelle qui rend le travail de ce réalisateur particulièrement authentique.

Simon Chevalier

CRITIQUE : LES INTRANQUILLES

 

CRITIQUE : LES INTRANQUILLES

4 OCTOBRE 2021

En juillet dernier, Joachim Lafosse présentait Les Intranquilles, en compétition au Festival de Cannes, avec ses comédiens Damien Bonnard, Leïla Bekhti et Gabriel Merz Chammah. Ce dernier n’est autre que le petit-fils d’Isabelle Hupert, avec qui le réalisateur avait collaboré sur le long métrage Nue propriété, en 2006. Un point commun lie ses deux films: la complexité des rapports familiaux.

Le titre Les Intranquilles prend tout son sens dès la première scène. Nous plongeons dans le quotidien d’une famille, dont le père souffre d’une pathologie récemment diagnostiquée. L’évolution des crises d’un père et compagnon aimé, le désarroi d’une femme impuissante face à la maladie, soulève la question : « jusqu’où peut-on aller pour aider un être cher ?

Malgré un sujet ponctué d’inquiétudes, le film reste paradoxalement serein. La maladie n’est pas mise en spectacle, on la découvre avec justesse et authenticité.

Joachim Lafosse nous livre une œuvre très autobiographique. Il s’inspire de sa propre enfance, entre un père maniaco-dépressif et une mère amoureuse, qui peinait à rester malgré tout…

Ce film est délicat et nécessaire, pour comprendre le combat sans répit des intranquilles.

Sandrine Monteiro

CRITIQUE : UN TRIOMPHE

 

CRITIQUE : UN TRIOMPHE

21 SEPTEMBRE 2021

Pour son second long-métrage, Emmanuel Courcol signe une comédie basée sur une histoire vraie.

Comédien sur la touche, Etienne accepte d’animer un atelier théâtral dans une prison. Après des débuts tendus, il a l’idée de faire jouer aux détenus une pièce de Samuel Beckett : En attendant Godot. Mais réussira-t-il à faire de ces hommes en marge des acteurs à part entière ?

La force de ce film tient dans son scénario incroyable mais vrai : Dans les années 80, Jan Jönson parvient à convaincre l’administration pénitentiaire suédoise de faire sortir des détenus afin qu’ils assurent des représentations de la pièce qu’ils répètent depuis des mois. L’expérience tournera court mais le professeur de théâtre en tirera un spectacle qui connaîtra un grand succès. Kad Merad porte ce personnage avec passion notamment lors d’un monologue final dans lequel transpire l’amour du théâtre et de sa capacité à rendre meilleur.

Si “Un Triomphe” fait partie des films sélectionnés au Festival de Cannes 2020 qui n’a pas eu lieu, il s’est rattrapé à Angoulême dont il est reparti avec les prix du public et du meilleur acteur partagé entre Sofian Khammes et Pierre Lottin, interprètes particulièrement convaincants de détenus-acteurs.

Simon Chevalier

INTERVIEW : SUZANNE DE LACOTTE

 

INTERVIEW : SUZANNE DE LACOTTE

14 SEPTEMBRE 2021

Apprenez-en plus sur celle qui anime depuis près de 2 ans et une fois par mois “l’Oeil dans le Rétro”.

Quel est le parcours qui t’a menée jusqu’au Cinéma François Truffaut ?

J’ai commencé par des études de philosophie à Paris I et j’ai alors découvert les textes de Gilles Deleuze sur le cinéma. J’ai donc poursuivi mes études à cheval entre ces deux disciplines. Alors que je préparais ma thèse, j’enseignais à des étudiants en 7ème art. En parallèle, j’ai travaillé pour le festival “Premiers Plans” d’Angers où j’ai rencontré Cécile Nhoybouakong, aujourd’hui responsable Jeune Public au Cinéma François Truffaut.

Avec elle, j’ai fondé il y a 10 ans “Les Sœurs Lumière”, une association proposant à différentes structures – festivals, associations, salles – des programmes d’éducation à l’image. Cela me permettait de rester dans la transmission sans l’académisme du corps professoral et ça répondait à un besoin puisqu’il y a seulement quelques années, c’était un domaine en plein développement.

Je suis aujourd’hui responsable des programmes scolaires à la Cinémathèque du Documentaire à la Bpi – Bibliothèque publique d’information – au sein du Centre Pompidou. La Bpi organise également le Festival “Cinéma du Réel” pour lequel je m’occupe de la médiation et de l’action culturelle.

C’est dans le même principe d’éducation à l’image que tu animes une fois par mois une séance de “L’Oeil dans le Rétro” ?

Exactement ! Je trouve ça très agréable d’être dans la transmission dans un cadre convivial. J’anime également un ciné-club au cinéma “Le Bijou” de Noisy-le-Grand depuis 8 ans et je me rends compte à quel point ce rendez-vous patrimonial peut réellement drainer, avec les années, des spectateurs fidèles.

Quelle est la séance qui t’a le plus marqué durant ces deux années ?

La dernière autour de “La mort en direct” de Bertrand Tavernier. Il y avait peu de spectateurs mais ce film est tellement fort et riche que le débat a été assez loin. Cette œuvre visionnaire sur le voyeurisme et le sensationnalisme de la télé d’aujourd’hui a été une vraie découverte pour les personnes présentes.

Pour finir, que peux-tu nous dire des futurs rendez-vous que tu animeras le dimanche à 18h ?

Dimanche prochain, le 19 Septembre, nous parlerons de l’Italie des années 50 et de l’antagonisme entre les convictions et le pragmatisme autour du film de Dino Risi “Une vie difficile” avec Alberto Sordi, le héros du cycle de septembre. Et en octobre, afin de célébrer Paul Verhoeven, ce sera une référence du film de science-fiction qui occupe une vraie place dans l’histoire du cinéma et qui sera projeté le 17 octobre : “Total Recall”.

Simon Chevalier

BIOGRAPHIE : COLIN FIRTH

 

BIOGRAPHIE : COLIN FIRTH

7 SEPTEMBRE 2021

À 60 ans, l’acteur britannique mène une carrière éclectique entre comédies populaires et drames récompensés.

Les premiers pas sur scène du petit Colin Firth se font lors d’un spectacle scolaire. Après des études de théâtre classique au Drama Centre de Londres, il obtient son sésame pour le grand écran dans l’adaptation d’une pièce qu’il a d’abord jouée sur les planches.

Rôle-titre du « Valmont » de Milos Forman en 1989, sa prestation est remarquée même si le film est un échec. Il devra attendre 1996 pour figurer au casting d’un film à succès : « Le patient anglais » d’Anthony Minghella suivi 2 ans plus tard par « Shakespeare in love » de John Madden, 2 longs-métrages qui collectionnent les Oscars et en offrent à ses partenaires féminines.

Changement de registre à l’aube du 3ème millénaire avec « Le journal de Bridget Jones » de Sharon Maguire où son flegme britannique amuse la planète cinéma et lui ouvre les portes de la comédie. Il enchaîne « Love Actually » en 2003, « Nanny McPhee » en 2005 et « Mamma Mia » en 2008.

Il ne tourne pourtant pas le dos aux films plus denses et reçoit le Prix d’Interprétation du Festival de Venise ainsi que sa première nomination aux Oscars en 2009 pour « A Single Man » de Tom Ford. Enfin, la consécration arrivera définitivement l’année suivante avec son interprétation du roi George VI d’Angleterre dans « Le discours d’un roi » de Tom Hooper qui lui vaut 22 récompenses dont l’Oscar du Meilleur Acteur.

Ces 10 dernières années, il a incarné l’un des héros d’une nouvelle franchise : « Kingsman » tout en reprenant ses rôles dans les suites de « Bridget Jones » et « Mamma Mia ». Aujourd’hui, il est à l’affiche de « Supernova » d’Harry Macqueen et forme un couple poignant avec Stanley Tucci. Une nouvelle interprétation impressionnante dans cette carrière déjà si riche.

Simon Chevalier

CRITIQUE : TITANE de Julia Ducournau

 

CRITIQUE : TITANE de Julia Ducournau

31 AOUT 2021

La Palme d’Or 2021 est un vrai film à sensations dont on ressort sonné mais ravi !

Alexia et Vincent. Deux êtres cabossés par la vie dans tous les sens du terme. Leur rencontre serait-elle le déclencheur de leur renaissance ?

Difficile d’en dire beaucoup sur le nouveau film de Julia Ducournau sans gâcher le plaisir de la découverte tant « Titane » nous surprend scène après scène. Le spectateur prend un vrai plaisir de cinéphile à se laisser guider le long d’une histoire étrange aux côtés d’êtres hors normes pour lesquels il peut avoir du mal à ressentir de l’empathie. Mais la cinéaste de « Grave » sait où elle va et une certaine jubilation se met en place au fur et à mesure que le puzzle se forme.

Certes, les scènes chocs sont présentes et il peut arriver que l’on détourne les yeux mais elles ont l’avantage de nous faire ressentir toute la douleur et la détresse des personnages au-delà de l’écran. Et ce, au service de cette belle histoire de rencontre aussi improbable que salvatrice.

Si l’obtention de la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes peut prêter à débat, « Titane » reste une œuvre puissante à découvrir au-delà de tout ce qu’on peut en dire et Julia Ducournau, une réalisatrice précieuse dans le cinéma français par son originalité sans tabous.

Simon Chevalier

CRITIQUE : FAST & FURIOUS 9

 

CRITIQUE : FAST & FURIOUS 9

3 AOUT 2021

Fast and furious 9, tout est dans le titre.

Nous retrouvons Dom et Letty, vivant paisiblement à la campagne, avec le petit Brian. Le destin les rattrape avec un nouvel adversaire de taille, Jakob, le frère banni de Dom et Mia Torreto… 

Ce film est absolument à découvrir sur grand écran, pour les amateurs de sensations fortes.

Les cascades y sont de plus en plus impressionnantes, sur terre, dans les airs et même… dans l’espace !

Pour les fans de catch, on retrouve le grand John Cena. Le catcheur « gentil » de la WWE, avec sa casquette et son légendaire : « you can’t see me », interprète cette fois un frère dur et délaissé.

On ne voit pas les 2h22 passer. Si vous avez envie de vous vider la tête en profitant d’un bon moment, courez-y. (Et petit conseil, je vous invite à rester jusqu’à la fin du générique, quelques nouveaux rebondissements s’y profilent pour Fast and Furious 10… Ça ne s’arrête plus !) à suivre… 

Sandrine Monteiro

BIOGRAPHIE : JACQUES PERRIN

 

BIOGRAPHIE : JACQUES PERRIN

27 JUILLET 2021

Alors qu’il vient de fêter ses 80 ans et que vous pouvez le retrouver cette semaine dans le mythique “Cinema Paradiso”, retour sur l’éclectique carrière de ce touche-à-tout.

Fils d’un technicien de théâtre et d’une comédienne, le petit Jacques Simonet – il prendra ensuite le nom de sa mère – fait ses premiers pas au cinéma à 5 ans aux côtés d’Yves Montand et sous la direction de Marcel Carné. Près de 15 ans plus tard, il obtient un premier rôle dans “La fille à la valise” de Valerio Zurlini avec une autre débutante, Claudia Cardinale. Tout au long de sa carrière d’acteur, il alternera les projets français et italiens.

Il marque les esprits en “jeune premier” dans les comédies musicales de Jacques Demy “Les demoiselles de Rochefort” et “Peau d’âne” et devient l’interprète fétiche du cinéaste Pierre Schoendoerffer. Mais il ne se contente pas de cette carrière et crée sa société de production dès 1968, notamment pour monter “Z” de Costa-Gavras dont le sujet politique avait effrayé nombre de financiers. Il devient alors un producteur-acteur fidèle qui joue dans les films qu’il produit.

Dans les années 90, il s’intéresse au genre documentaire, obtient le César du meilleur producteur en 1997 pour “Microcosmos” et en réalise même sur le thème de la nature principalement.

Il est étonnant de voir que de “Cinéma Paradiso” au “Pacte des Loups” en passant par “Les Choristes”, énorme succès du cinéma français réalisé par son neveu Christophe Barratier, Jacques Perrin est souvent utilisé pour incarner les âges adultes, voire vieux, de personnages qu’on suit plus jeunes incarnés par d’autres acteurs. Comme s’il était la projection idéale de nos rêves d’enfants, sensation renforcée par la dimension écologique des films qu’il réalise et produit ces dernières années.

Simon Chevalier

CRITIQUE : ANNETTE de Leos Carax

 

CRITIQUE : ANNETTE de Leos Carax

20 JUILLET 2021

Annette, une comédie musicale qui vire à l’opéra tragique…

​Une histoire commence entre deux artistes : Harry, comédien de stand-up, et Ann, chanteuse lyrique. De leur amour naît Annette…

Cette œuvre spéciale, techniquement réussie, ne laisse personne indifférent et vient tout juste de remporter le prix de la meilleure mise en scène au 74ème Festival de Cannes.

La performance d’Adam Driver porte cette histoire sombre et la musique des Sparks colle parfaitement à l’univers du réalisateur, Leos Carax (Les Amants du Pont-Neuf, Holly Motors).

Notons l’originalité du choix dans l’utilisation d’une marionnette pour incarner le personnage d’Annette. Celle-ci a été créée par une équipe de Charleville-Mézières, où se tient tous les deux ans, en septembre, le magnifique Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, que je vous conseille au passage cette année.

Pour lui donner vie, quatre marionnettistes ardennais de la compagnie « La Pendue » ont participé au tournage : cachés dans le décor, vêtus de noir dans l’ombre ou sur fond vert, manipulant Annette suspendue par des fils, ils ont ensuite été effacés par effets spéciaux. Marion Cotillard, Adam Driver et Simon Helberg ont également appris l’art de la manipulation pour les scènes en contact avec la le personnage.

Nous découvrons donc à l’écran, une Annette artisanale et non une image de synthèse, accompagnée d’acteurs talentueux.

C’est un travail technique magnifique, le prix de la mise en scène à Cannes est largement mérité.

À découvrir !

Sandrine Monteiro